Dans cette fiche
Un regard qui s’attarde plus longtemps que nécessaire, une remarque sur la tenue, un « conseil » technique non sollicité glissé pendant une série d’exercices : ces situations reviennent souvent dans les témoignages de pratiquantes. Une enquête relayée en octobre 2025 dont 20 Minutes a rendu compte sous le titre 60 % des femmes ont déjà subi un comportement déplacé dans une salle de sport, met un chiffre précis sur ce que beaucoup de pratiquantes se racontaient déjà entre elles. Au-delà du ressenti, le droit français qualifie certains de ces comportements et ouvre des démarches concrètes pour les faire cesser : voici ce qu’il est possible de faire, étape par étape.
Ce que dit la loi : l’outrage sexiste ne demande pas de répétition
Le droit français dispose depuis 2018 d’un outil précis pour qualifier ces situations : l’outrage sexiste, défini par l’article 621-1 du code pénal. Contrairement au harcèlement sexuel, qui suppose des propos ou comportements répétés dans le temps, un fait unique suffit à caractériser un outrage sexiste, dès lors qu’il impose à une personne un propos ou un comportement à connotation sexiste ou sexuelle qui porte atteinte à sa dignité, ou qui crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.
Sur le plan des peines, l’outrage sexiste « simple » est puni d’une amende pouvant atteindre 750 €, en tant que contravention de 4ᵉ classe. En présence de circonstances aggravantes — abus d’autorité conférée par une fonction, victime mineure de moins de 15 ans, victime en situation de particulière vulnérabilité, faits commis en réunion ou dans un transport collectif — les faits changent de nature : ils sont qualifiés de délit et punis d’une amende pouvant atteindre 3 750 €, depuis l’entrée en vigueur d’une loi le 1ᵉʳ avril 2023.
Ces circonstances aggravantes concernent directement l’univers de la salle de sport. Un coach ou un encadrant qui profite de son autorité, des faits commis devant d’autres adhérents — donc « en réunion » — ou une situation qui vise une personne visiblement mise en difficulté entrent dans ce cadre renforcé, avec une réponse pénale plus lourde à la clé.
Trois réflexes juste après les faits
D’après le déroulé habituel des démarches (Signal-Sports, main courante, plainte).
Comment porter les faits à la connaissance de qui de droit
Plusieurs canaux existent, et rien n’empêche de les utiliser l’un après l’autre : parler au club ne ferme pas la voie judiciaire, et l’inverse est également vrai.
Quand la structure est affiliée à une fédération sportive, la cellule Signal-Sports du ministère chargé des sports constitue le point d’entrée national pour les signalements de violences dans le sport, sexistes ou sexuelles comme physiques. Elle se contacte par écrit, via les coordonnées publiées sur le site du ministère chargé des sports, et oriente ensuite vers la fédération concernée, qui peut prendre des mesures administratives d’interdiction d’exercer envers la personne mise en cause, indépendamment d’une éventuelle procédure pénale.
Pour une salle commerciale non affiliée à une fédération, la première étape reste souvent la direction ou la personne responsable sur place : un établissement recevant du public a une obligation générale de veiller à la sécurité des personnes qu’il accueille. En parallèle, une main courante peut être déposée en commissariat ou en gendarmerie : elle consigne les faits sans engager de poursuites, mais elle date officiellement un événement et peut appuyer une démarche ultérieure.
Pour une plainte, il n’est pas nécessaire d’être certaine de la qualification juridique des faits : cela relève du travail des enquêteurs, pas de la personne qui témoigne. Le dépôt peut se faire au commissariat, en gendarmerie, ou en ligne via le service de pré-plainte pour certains faits, avant un rendez-vous fixé pour signer la déposition.
Le saviez-vous ? Dans l’enquête menée par le cabinet Flash pour L’Orange Bleue auprès d’un peu plus d’un millier de pratiquantes, six femmes sur dix reconnaissent que le regard des autres a déjà freiné leur pratique, au point qu’une sur quatre dit se sentir obligée de se maquiller ou de s’apprêter avant de s’y rendre. Ce chiffre ne mesure pas des faits qualifiables pénalement, mais il rappelle qu’un inconfort qui ne débouche sur aucun signalement reste rarement isolé.
Dans la pratique, ce chiffre se traduit par des adhérentes qui adaptent leurs horaires, leur tenue ou leurs trajets à l’intérieur même de la salle, sans que la structure en soit toujours informée. C’est aussi pour cette raison que le simple fait de signaler, même sans certitude sur la suite, a une utilité : il rend visible ce qui restait jusque-là silencieux.
Vers qui se tourner en dehors du club
Le 3919, numéro national d’écoute Violences Femmes Info, est gratuit, anonyme et accessible tous les jours : il permet d’être orientée vers les bons interlocuteurs sans obligation de déposer plainte dans la foulée. Des associations spécialisées dans les violences sexistes et sexuelles, présentes dans la plupart des départements, proposent le même accompagnement, y compris pour préparer un dépôt de plainte ou une audition.
Si l’affaire est amenée à se poursuivre au pénal, un avocat peut être sollicité dès le stade de la plainte, avec un accès à l’aide juridictionnelle selon les ressources de la personne concernée. Cette étape n’est toutefois pas un préalable : signaler, déposer une main courante ou contacter Signal-Sports ne nécessite aucun avocat.
La salle ou le club peut-il être mis en cause
Au-delà de la responsabilité individuelle de l’auteur des faits, un établissement peut voir sa propre responsabilité engagée s’il a été informé de faits répétés et n’a rien fait pour les faire cesser, ou si la personne mise en cause est un salarié ou un bénévole agissant dans l’exercice de ses fonctions. Une salle peut aussi, indépendamment de toute décision de justice, prendre une mesure interne — avertissement, suspension d’accès, exclusion — sur la base de son règlement intérieur, dès lors que celui-ci prévoit ce type de sanction.
Questions fréquentes
Faut-il que les faits se répètent pour porter plainte ?
Non. L’outrage sexiste, contrairement au harcèlement sexuel, se caractérise par un fait unique. Un geste ou une remarque isolée peut donc déjà justifier une démarche, sans attendre qu’elle se reproduise.
Peut-on signaler sans donner son nom ?
Un premier contact avec Signal-Sports ou le 3919 peut rester informel et anonyme, le temps d’être orientée. Un dépôt de plainte, en revanche, suppose de décliner son identité, sauf dispositifs spécifiques prévus pour certaines situations de danger.
Le club peut-il exclure la personne mise en cause avant tout jugement ?
Oui, une mesure interne au club — suspension d’accès, exclusion temporaire — reste possible indépendamment d’une procédure pénale, si le règlement intérieur de la structure le permet. Les deux voies, disciplinaire et judiciaire, peuvent avancer en parallèle.
Que faire si la personne mise en cause est un coach du club ?
C’est une circonstance aggravante au sens de la loi, dès lors qu’elle a agi en abusant de l’autorité conférée par sa fonction. Il est alors utile de prévenir la direction de la salle et, si le club est affilié, Signal-Sports, en parallèle d’une éventuelle démarche judiciaire.
20 Minutes, « Sexisme : près de 60 % des femmes ont déjà subi un comportement déplacé dans une salle de sport », 16 octobre 2025, à partir d’une enquête du cabinet Flash pour L’Orange Bleue. Légifrance, article 621-1 du code pénal (outrage sexiste). Ministère chargé des sports, dispositif Signal-Sports (sports.gouv.fr). Numéro national Violences Femmes Info, le 3919.



